MAKSIM BAKIEV

39 ans | Corruption, détournement de fonds publics et abus de pouvoir

 

Né en 1977 à Samara, en Russie, Maksim Bakiev est le plus jeune fils de Kourmanbek Bakiev, ancien Président du Kirghizistan, chassé du pouvoir en 2010 par une révolution populaire. Cette dernière permet à la justice kirghize d’enquêter sur les activités de Maksim Bakiev, soupçonné de corruption et de détournement de fonds publics. Empêtré dans des scandales dépassant les frontières de son pays, il fait également l’objet d’une enquête pour fraude menée par le FBI. En 2014, un tribunal kirghiz le condamne à la prison à perpétuité par contumace. Il réside depuis 2010 au Royaume-Uni, échappant ainsi aux multiples condamnations dont il fait l’objet.

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Révolution des Tulipes et pratiques népotistes

 

En 2005, le résultat des élections législatives kirghizes, remportées par le parti du Président Askar Akaïev, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1991, est contesté par de nombreuses forces d’opposition. Parmi les contestataires, Kourmanbek Bakiev, ancien premier ministre démissionnaire, qui s’empare du pouvoir en mars 2005. Cette prise de pouvoir fortuite coïncide avec la création d’un empire commercial par son fils Maksim Bakiev : en quatre ans, ce-dernier devient l’un des hommes les plus riches du Kirghizistan

 

En 2009, Kourmanbek Bakiev est réélu avec un score de 76% au cours d’élections contestées par l’opposition. La même année, il installe son fils Maksim à la tête d’une agence de développement tout juste créée, et le charge de redresser l’économie du pays[1]. Le « jeune prince » hérite d’un poste administratif clef, lui donnant accès à des budgets importants. Ces pratiques népotistes du Président soulèvent de nombreuses inquiétudes et finissent par provoquer la colère de l’opinion publique.

 

Révolution, fuite et enquête

 

En 2010, une nouvelle révolution emporte le pouvoir en place. Après avoir durement réprimé les manifestations, le Président Kourmanbek Bakiev est obligé de fuir le pays avec sa famille. Maksim, qui était en déplacement aux Etats-Unis au moment des faits, disparait[2]. Très vite, alors même que tout le monde semble ignorer où il se trouve, le gouvernement d’intérim lance un mandat d’arrêt contre lui. En mai 2010, Maksim Bakiev est ajouté à la liste des criminels recherchés par Interpol. Il est finalement arrêté le 13 juin à Londres. Des soupçons de corruption pèsent en effet sur la régularité de contrats de fourniture de carburant à une base militaire américaine basée au Kirghizistan, gérés par le fils du Président déchu[3]. Au cours de leurs investigations, les autorités kirghizes découvrent un véritable réseau international d’activités criminelles d’une extrême complexité. Face à ces révélations, le Kirghizistan demande alors l’extradition de Maksim Bakiev. Ce-dernier contre-attaque en demandant l’asile politique au Royaume-Uni, qualifiant les accusations des autorités kirghizes de politiquement motivées. En l’absence d’accord d’extradition entre les deux pays, Bakiev est finalement relâché. Le Royaume-Uni décide d’étudier sa demande et l’autorise à séjourner temporairement sur son territoire en attendant qu’une décision soit prise.[4]

 

 

Un système de détournement complexe et organisé

 

Après la fuite de Maksim Bakiev en 2010, les enquêtes se multiplient, au Kirghizistan comme aux Etats-Unis. Elles vont mettre en lumière un système de détournement de fonds publics attribués à l’agence de développement que dirigeait le fils du Président[5]. L’instrument de cette opération n’est rien de moins que la plus importante banque du pays, l’Asia Universal Bank (AUB), elle-même contrôlée par Maksim Bakiev - petite et méconnue avant 2005, l’AUB a connu un fort développement, qualifié de suspect par nombreux observateurs, pendant les années Kourmanbek Bakiev. Plusieurs témoignages et éléments de preuve accablent Maksim Bakiev et plusieurs autres dirigeants de l’AUB. Ils sont finalement accusés d’avoir fait sortir 170 millions de dollars du pays à la veille du renversement du régime, l’équivalent de plus de 10% des actifs bancaires du pays[6].

 

Arrestation, condamnation par contumace et impunité

 

Le 12 octobre 2012, Maksim Bakiev est arrêté suite à une demande d’extradition des Etats-Unis. Il est accusé de fraude et d’obstruction à la justice. Les accusations portent principalement sur l’affaire des contrats de carburant et l’implication de l’oligarque dans un schéma de fraude financière à la bourse de New York[7]. En mars 2013, la justice du Kirghizistan condamne Maksim Bakiev par contumace à 25 ans de prison pour corruption.[8] La décision du Royaume-Uni sur son extradition est attendue pour la même année, mais les Etats-Unis retirent finalement leur demande en mai, sans donner d’explication[9].

 

Maksim Bakiev continue donc de vivre à Londres dans une propriété estimée à 3,5 millions de livres sterling[10], alors même qu’un de ses acolytes a été condamné aux Etats-Unis[11], que la justice de son pays l’a condamné à la prison à perpétuité pour corruption et détournement de fonds[12] et qu’elle continue à demander son extradition, afin que l’oligarque purge sa peine.

 

CHRONOLOGIE DE L’AFFAIRE BAKIEV

 

2010

·         7 avril : chute du régime de Bakiev et fuite de la famille en Biélorussie, sans Maksim.

·         Début mai : diffusion d’un mandat d’arrêt international contre lui.

·         13 juin : arrivée de Maksim Bakiev à Londres et arrestation.

·         15 juin : demande d’extradition par le Kirghizistan.

2012

·         12 octobre : demande d’extradition formulée par les Etats-Unis pour fraude et obstruction de justice.

·         7 décembre : report du procès d’extradition pour mai 2013

2013

·         Fin mars : condamnation par contumace au Kirghizistan à une peine de 25 ans de réclusion pour corruption et détournement de fonds.

·         Début mai : abandon de la procédure d’extradition par les autorités américaines

2014

·         Fin octobre : condamnation par contumace par la justice du Kirghizistan à la prison à vie pour de nouvelles accusations de corruption.

 

 

 

[1] « With First Son’s New Role, Kyrgyz Government Remains A Family Affair », Bruce Pannier, RFE/RL, 5 Novembre 2009.

[2] “Where in the world is Maksim Bakiyev”, Joshua Keating, Foreign Policy, 19 avril 2010

[3] « Kyrgyzstan demands extradition of deposed president’s son », Richard Orange, The Telegraph, 11 mai 2010.

[4] « Kyrgyzstan demands extradition of former leader's son », Luke Harding et Mark Tran, The Guardian, 15 juin 2010.

[5] “Kyrgyzstan: Corruption Crackdown Intensifies in Bishkek”, Deirdre Tynan, Eurasianet, 2 novembre 2010.

[6] “U.S. Ties to Ex-Kyrgyz Regime Are Questioned”, Alan Cullison and Kadyr Toktogulov, The Wall Street Journal, 15 juin 2010.

[7] “Kyrgyzstan’s ‘prince’ Maxim Bakiyev in the dock as US extradition battle begins”, Jerome Taylor, The Independent, 7 décembre 2012

[8] « Former Kyrgyz leader’s son sentenced in abstentia for graft », Reuters, 27 mars 2013

[9] “Kyrgyzstan Asks US to Explain Bakiyev Prosecution Dismissal”, Sputnik, 15 mai 2013.

[10] “London property used for money laundering: the curious case of a despot’s son”, Jim Armittage, The Independent, 2 avril 2015

[11] “Banker Sitting in U.S. Prison Has a Most Incredible Tale to Tell”, Christie Smythe, Bloomberg Business, 10 juillet 2016

[12] “Bakiev’s Son Sentenced In Abstentia To Life In Prison”, RFE/RL, 22 octobre 2014